Marina Petrella est en train de mourir
Sarkozy + Berlusconi : l'hypocrisie est de rigueur

Par Enrico Porsia

Mercredi 9 juillet 2008

 

Nicolas Sarkozy a annoncé hier, 8 juillet 2008, que la France allait extrader Marina Petrella: "Conformément aux accords européens que nous avons signés et aux décisions de justice qui ont été rendues, sous réserve que le Conseil d'Etat confirme, la France extradera Mme Petrella", a souligné Sarko Ier en précisant que "l'Etat de droit" devait être respecté. Ensuite, le président français a admis qu'une question humanitaire se posait aussi. Le chef de l'Etat a donc annoncé qu'il avait demandé au président du Conseil italien, Silvio Berlusconi, de solliciter la grâce auprès du président de la République italienne, Giorgio Napolitano, "compte tenu de l'ancienneté de la condamnation et de la situation psychologique et de santé". Il faut bien reconnaître que ce dualisme dialectique est autant extravagant que coutumier de la part de Sarko Ier.

En Italie, les alliés politiques de Berlusconi ont réagi très violemment au deuxième volet de la proposition sarkoziste: "Il faut que Petrella, la rouge, purge toute sa peine en taule!", "Pas question de grâce aux terroristes rouges!" se sont exclamés les alliés "post"-fascistes du Cavaliere.

Quant à Berlusconi... Sarkozy a précisé avoir reçu une "réaction positive" de sa part... Le Cavaliere partagerait son analyse et aurait accepté d'intervenir auprès du président Giorgio Napolitano. Problème: l'annonce de la proposition du président français a provoqué, comme l'a souligné le quotidien La Repubblica, l'irritation du président du Conseil italien. L'accord, dont on ne connaît en réalité aucune modalité, entre les deux chefs devait rester secret...

Paolo Bonaiuti, le porte-parole de Silvio Berlusconi a tenté immédiatement de botter en touche en soulignant que "le président du Conseil sera seulement porteur de la requête de Sarkozy. Mais il est évident que le pouvoir de grâce est une prérogative exclusive du président de la République italienne". Bref, Nicolas Sarkozy renvoie la patate chaude à Berlusconi lequel la renvoie au président de la République italienne...

L'hypocrisie est de rigueur!

Résumons la situation. Marina Petrella avait été accueillie en France avec toutes les garanties que propose aujourd'hui Nicolas Sarkozy aux guérilleros des Farc (voir nos éditions du 4 juillet 2008 et du 4 avril 2008). Soudainement, alors que Marina a déposé les armes, fondé une famille, on lui explique que, trente ans après les faits qui lui sont reprochés en Italie, les règles ont désormais changé. Il lui est signifié que la parole de la France est à géométrie variable. Bref, on l'arrête sous un prétexte futile avant de lui faire comprendre que l'engagement d'un chef d'État français n'est que provisoire, et qu'elle doit être enfermée à perpétuité. Elle ne peut même pas espérer purger sa peine en France, là où vivent ses enfants. Non. Il faut qu'elle aille se faire enterrer, à demi vivante, dans les geôles italiennes. Dans un pays actuellement gouverné par une coalition composée par le Cavaliere et ses amis "post"-fascistes, et xénophobes.

Face à cette situation, Marina se laisse mourir. Son état est aujourd'hui considéré comme très grave. Nicolas Sarkozy ment quand il oppose "l'Etat de droit" à l'humanitaire... car, dans les accords d'extradition franco-italiens, une clause humanitaire est bel et bien présente. Il suffirait donc de se référer aux textes pour libérer Marina Petrella, en raison de son état de santé alarmant. Avant qu'il ne soit trop tard.

Une chose est sûre, Marina ne tiendra pas jusqu'à cet automne où le Conseil d'Etat donnera son avis. En cas de malheur, la responsabilité du drame pèsera sur les épaules du président français, Nicolas Sarkozy. Et sur lui seul. Une responsabilité écrasante. Car c'est bien lui qui est en train de trahir les engagements de la République. Qu'on le veuille ou non, ces engagements prévoyaient d'accueillir les anciens militants italiens dès lors qu'ils renonçaient à la lutte armée. Non pas de les livrer à l'administration pénitentiaire du pays voisin pour les enterrer en prison. Et cela trente ans après la fin d'une guerre civile jamais officialisée.