MARINA PETRELLA VA-T-ELLE DEVOIR PAYER DE SA VIE
SES 15 ANS D’ASILE EN FRANCE ?

Le 9 juin 2008, le gouvernement a fait connaître sa décision d’extrader Marina Petrella, réfugiée en France depuis 15 ans. Il motive sa décision en insistant sur la lourde peine à laquelle Marina a été condamnée par la justice italienne.

Le gouvernement omet en revanche de préciser que cette condamnation, pour des faits vieux de 25 ans, remonte à 1993 :

En 1993 l’Etat français, parfaitement informé de sa condamnation définitive en Italie, lui a permis de s’installer ici, conformément à la politique d’accueil des réfugiés italiens mise en oeuvre par la France depuis le début des années 80.

Au fil de ces 15 ans, l’Etat français lui a délivré un titre de séjour, des diplômes reconnus, enregistré l’acte de naissance de sa fille, et l’a employée dans des structures publiques…

Est-ce concevable qu’après 15 ans d’asile de fait, la France, balaye, d’un simple décret, ce qu’il avait rendu possible : la vie d’une femme et de sa famille, sans aucune considération pour tout ce qu’elle a construit au cours de ces années ?

Déjà, cette année d’enfermement a miné sa santé physique et psychique : la perspective d’une détention sans fin en Italie, l’a amenée à un tel désespoir qu’elle a renoncé aux visites de ses proches et que ces derniers mois, elle ne peut même plus s’alimenter.

C’est une véritable « grève de la vie »

Au coeur de cette détresse absolue, le fait d’être mise, par une trahison d’Etat qu’elle ne peut accepter ni pour elle ni pour personne, dans l’impossibilité de donner à ses filles ce qu’elle avait cru pouvoir être pour elles : une mère à leurs côtés. Elle a perdu là, à ses propres yeux, toute raison et désir de vivre.

Dans ses déclarations des dernières semaines, le Président Sarkozy a lui-même reconnu que c’est bien le temps écoulé depuis les faits qui lui sont reprochés et la rupture de quinze ans de vie en France qui ont plongé Marina dans cette dépression et ont motivé sa demande de grâce auprès du Président de la République italienne.

Aujourd’hui Marina a perdu 20% de son poids et ne pèse plus que 39 kilos.

Cet état de dépérissement très grave alarme les médecins et lui vaut aujourd’hui d’être hospitalisée à nouveau. Mais aucun traitement ne pourra arracher Marina à ce retrait de la vie si l’espoir ne lui est pas rendu : la levée d’écrou est le préalable incontournable à toute amorce de sauvetage.

Notre inquiétude est extrême, seule notre mobilisation à tous peut sauver Marina.

Retrouvons-nous aux rassemblements solidaires tous les jeudis à 18h30 à Beaubourg pour exiger :

- la levée d’écrou immédiate

- l’application de la clause humanitaire prévue dans les textes régissant l’extradition

- l’abrogation du décret d’extradition

Toutes les infos sur la mobilisation, les initiatives (pétitions, lettres…), les collectifs : www.paroledonnee.info

Nous nous réunissons tous les mardis à 18h30 à la FASTI – 58 rue des Amandiers – métro : Père-Lachaise

 
Histoire d’une extradition

Le 21 août 2007, convoquée pour des formalités administratives, Marina est arrêtée au commissariat d’Argenteuil.

• Dans les années 70 en Italie, elle a fait partie des ces dizaines de milliers de militants dont la révolte, au fil du temps, a été jusqu’aux armes.

• Depuis le début des années 80, plusieurs centaines de ces militants, poursuivis par une justice d’exception, se sont réfugiés en France où le Président de la République affirmait le « refus de toute extradition politique ». Alors que la nécessaire amnistie est aujourd’hui encore refusée par l’Italie, cette politique d’accueil de la France a été maintenue sans interruption vingt ans durant envers les réfugiés italiens.

• En 1982, Marina est arrêtée, elle va passer 8 ans dans les prisons spéciales italiennes avant d’être libérée pour expiration des délais de détention préventive car les procès démesurés (dans ce cas : plus de 400 inculpés, 11 ans de procédure, des dizaines de condamnations à perpétuité) de cette période d’état d’urgence sont interminables.

• En 1993, Marina est condamnée à perpétuité pour des faits remontant aux années 79 à 82 ; elle vient en France avec sa fille et ses avocats avertissent les autorités judiciaires de sa présence.

• En 1998, elle se voit délivrer un titre de séjour de 10 ans par la Préfecture de police de Paris. Elle a une deuxième enfant.

• En août 2002, la France, par un renversement brutal de sa politique, remet Paolo Persichetti, lui aussi réfugié, aux autorités italiennes. Deux ans plus tard, c’est Cesare Battisti que la France tente d’extrader.

• En 2007, quelqu’un a décidé que les choix de Marina il y a 30 ans, cette violence qui s’est appelée révolutionnaire et que l’Etat italien a combattu en son temps (état d’urgence, justice et lois d’exception, prison spéciales, 6000 prisonniers politiques…) constitue le mal absolu, l’inconcevable traqué à travers le temps et l’espace jusqu’à rattraper à 30 ans d’intervalle une femme et sa famille un jour d’août au commissariat d’Argenteuil.

Quelqu’un a décidé que tout ce qu’ils ont vécu ici depuis 15 ans n’existait pas. Quelqu’un a décidé que la vie de Marina allait s’arrêter là. Nous ne laisserons pas faire.