Les « réfugiés » italiens
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Paris, le 23 septembre 2002


À l'attention de
Monsieur Jacques Chirac
Président de la République
Palais de l'Elysée
55, rue du Fg. St. Honoré
75008 Paris




Monsieur le Président de la République,

L'extradition brutale et inique de Paolo PERSICHETTI, enseignant à l'Université de Paris VIII, rompant avec une politique d'asile jamais infléchie vingt ans durant, a engendré un débat et des prises de positions sur un prétendu revirement de l'attitude de la France à l'égard des ressortissants italiens impliqués dans les « années de plomb ».

Nous ne nous attarderons pas ici sur les raisons politiques, éthiques et autres qui ont déterminé nos choix d'antan, ni ne disséquerons la perversion des codes pénal et de procédure pénale au nom desquels les autorités italiennes ne cessent de nous poursuivre.

Nous nous épargnerons aussi, même si pour nous elle demeure « sacrée », une discussion sur le fond de la « doctrine Mitterrand ».

Toutefois, et quelle que soit l'appréciation des uns ou des autres, force est de rappeler que cette « doctrine » a entraîné des effets bien au-delà de tout clivage politique et de toute « alternance ». Avec la conséquence que la fameuse parole donnée, c'est-à-dire « nulle extradition à l'encontre des exilés italiens », n'engage plus maintenant tel ou autre groupe ou personnalité politique, mais bel et bien la France, la France en tant qu'entité au-dessus de tout pouvoir censé la représenter à un moment donné de son histoire.

Aujourd'hui, nous sommes pour certains naturalisés français, et pour les autres, plus spécialement aprés les régularisations administratives de 1998, tous titulaires d'un permis de séjour, titre officiel délivré par les Préfectures, et sur lequel, au-dessus de nos noms, prénoms, adresses et photographies, et donc en pleine connaissance de nos identités et situations judiciaires dans notre pays natal, sont imprimés en majuscules les mots « République Française ».

Cela ne peut être considéré comme un acte anodin, dénué de sens et dépourvu de responsabilité pour l'émetteur. Qui, en dernier ressort, n'est précisément autre que, et nous le soulignons avec force, la République Française elle-même.

Or maintenant, après être passés de l'accueil toléré de facto de la « doctrine Mitterrand » à la reconnaissance administrativement légalisée de notre insertion en France, on voudrait ignorer notre actuel statut officiellement régularisé, pour nous faire sombrer à nouveau dans une situation de fragilité totalement arbitraire et, nous ne craignons pas de l'écrire, moralement injustifiable.

Moralement injustifiable, car la réussite de notre intégration à la société française a depuis vingt ans confirmé la clairvoyance du choix de la France de nous avoir abrités sur son sol, se posant ainsi en « chambre de décompression » de la « guerre civile en bémol » italienne et de ses séquelles.

Monsieur le Président de la République,

Ces derniers jours circuleraient des « listes de noms », dont la mémoire historique ne peut être que sinistre, selon lesquelles certains d'entre nous pourraient, plus que d'autres, être extradés.

Nous, et avec nous nos familles et nos amis français, ne pouvons accepter cette trahison annoncée, et rejetons catégoriquement toute distinction parmi nous, quel qu'en soit le critère allégué.

C'est pourquoi nous vous demandons, Monsieur le Président de la République, de dire solennellement au nom de la France que la parole donnée il y a prés d'un quart de siècle doit être respectée par delà les aléas de l'histoire, comme nous avons nous-mêmes respecté, dans la loyauté et la transparence, nos engagements envers la terre d'accueil.

Nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, à l'assurance de notre haute considération.



Pour les « réfugiés » italiens