Marina Petrella: la justice n’a pas
vocation
à obtenir un repentir
Par
Jean-Michel Arberet | Conseiller
municipal | 28/07/2008
Dans les années 1970 en Italie, de très nombreux jeunes militants dont la
révolte s’était radicalisée, choisirent la lutte armée. Marine Petrella en
faisait partie. En 1982 elle est
arrêtée, elle passe huit ans dans les prisons spéciales italiennes avant
d’être libérée pour expiration des délais de détention préventive.
En 1993, elle est condamnée à perpétuité
dans le cadre de lois d’exception, pour des faits remontant aux années 79 à
82. Elle vient en France. François Mitterrand, alors président de la
République, avait accordé à quelques centaines d’Italiens -en pleine
connaissance de la gravité des faits qui leur étaient reprochés et de façon
indifférenciée les uns par rapport aux autres- un asile en France avec sa
fille. Ses avocats avertissent alors les autorités judiciaires françaises de
sa présence.
Marina Petrella réside en France de façon continue, en situation régulière.
Elle dispose d’un titre de séjour, reprend ses études, passe des diplômes,
est salariée de structure publique… Le 21 août 2007, convoquée pour des
formalités administratives, Marina est arrêtée au commissariat
d’Argenteuil, à la suite d’une demande d’extradition du gouvernement
italien. La condamnation date d’une quinzaine d’années, les faits de plus de
vingt-cinq ans.
Le pardon des victimes n’est pas une catégorie juridique
Quel serait donc le sens de cette incarcération aujourd’hui ? Si la sanction
pénale a pour objet d’aider à la réinsertion sociale du délinquant, elle
serait ici sans objet. Marina Petrella est
parfaitement insérée - réinsérée dans la société française où elle vit,
travaille et a fondé une famille. La sanction n’aurait pas plus de sens s’il
s’agissait de protéger la société de la dangerosité. Marina Petrella a
tourné la page de la lutte armée il y a des années.
En revanche, de nombreuses interventions favorables à l’extradition
évoquent, pêle-mêle, l’absence de repentir de Marina Petrella et les
victimes qui n’ont pas pardonné. Ces deux points semblent très liés et
renvoient à une conception particulière de la sanction pénale. Le pardon des
victimes n’est pas une catégorie juridique, la justice
s’est construite contre la notion de vengeance et la loi du talion.
Même si les victimes crient vengeance la société, elle, doit se contenter de
leur rendre justice ; aucun droit pénal ne
reconnaît aujourd’hui la nécessité d’enfermer à vie tous les auteurs d’actes
délictueux ayant entraîné la mort d’autrui, quelle que soit la douleur des
proches des victimes. Et cela est
aussi vrai pour les familles des 85 tués de l’attentat de la gare de
Bologne, pour les familles des travailleurs de l’amiante et pour
tant d’autres.
Quant au repentir, loin de la notion catholique de changement profond qui
s’opère dans l’homme lorsqu’il reconnaît son péché devant Dieu, exprime le
regret de sa faute et en demande pardon, il s’agit ici de la notion de
repenti mise en œuvre par la législation italienne. Le repenti n’est pas,
là, celui qui regrette sa faute, mais celui qui dénonce ses anciens
complices pour obtenir l’immunité.
Le principe du repenti repose sur la délation récompensée
Notion mise en œuvre dans le cadre des lois d’exception, mais notion déjà
ancienne et introduite à Rome avec la création de l’inquisition médiévale
dans les années 1230 par le pape Grégoire IX. En
effet, la procédure utilisée par l’inquisition débutait par un délai de
grâce au cours duquel ceux qui se présentaient et confessaient spontanément
leurs fautes se voyaient imposer une pénitence religieuse mais échappaient
aux sanctions du pouvoir civil avec, en contrepartie, l’obligation de
dénoncer les hérétiques.
Outre l’aspect moralement douteux de s’appuyer sur une délation récompensée,
cette procédure était aussi une incitation à dénoncer le premier, incitation
recrée par la notion « moderne » de repenti. Le parallèle que l’on pourrait
poursuivre avec les procédures d’interrogatoire n’est pas anodin.
L’inquisition ne pourchassait pas des criminels, mais avait pour vocation
d’éradiquer une hérésie et donc, les hérétiques qui contestaient l’ordre
religieux et donc l’ordre social.
L’objectif serait-il le même aujourd’hui ? La sortie d’une période de
violence ne peut pas se faire par la vengeance. Une amnistie sera
nécessaire, qui seule permettra d’écrire l’histoire de ces années de plomb
et, surtout, d’essayer de les comprendre. Mais hélas, il ne semble pas que
ce soit la voie empruntée par les gouvernements occidentaux. De la demande
d’extradition de Marina Petrella à la criminalisation des acteurs sociaux,
la logique est
la même, maintenir l’ordre établi et éradiquer la subversion. |